Alors que l’intelligence artificielle (IA) redéfinit les contours de la gestion du savoir, une question cruciale émerge : l’ignorance est-elle une fatalité face à la montée en puissance de ces technologies ? En Afrique, comme ailleurs, les opportunités offertes par l’IA pour transformer la connaissance se heurtent aux défis d’accès, d’éducation et d’adoption. Cet article explore les enjeux stratégiques et sociaux de ce bouleversement
Historiquement, le manque de savoir est lié à des facteurs structurels tels que l’insuffisance des systèmes éducatifs ou l’absence de bibliothèques et de centres de recherche. L’IA promet de combler ces lacunes en fournissant des outils pour l’apprentissage autodirigé et l’accès à des connaissances globales. Des plateformes comme Google BARD ou IBM Watson facilitent l’apprentissage, même dans des environnements à faibles ressources.
Cependant, la dépendance aux systèmes d’IA pose de nouveaux risques : l’aliénation technologique et la dépendance à des algorithmes créés en dehors du contexte africain. Ces biais, intégrés dans les systèmes, pourraient exclure des perspectives ou des savoirs locaux cruciaux pour le développement.
Les communautés africaines disposent d’une riche tradition de transmission orale et de savoirs indigènes. Ces connaissances risquent d’être marginalisées si elles ne sont pas intégrées dans les bases de données des IA modernes. Des initiatives, comme le projet Masakhane, s’efforcent de traduire des langues africaines dans des formats exploitables par l’IA, permettant ainsi une meilleure représentation des cultures locales.
Dans le domaine agricole, des systèmes basés sur l’IA, tels que PlantVillage en Afrique de l’Est, analysent les données météorologiques et les sols pour conseiller les agriculteurs. Mais pour que ces innovations soient efficaces, il est impératif que les utilisateurs soient formés et que les données utilisées incluent des connaissances traditionnelles.
L’ignorance face à l’IA n’est pas une fatalité. Elle résulte principalement d’un manque de préparation systémique et de politiques publiques inadéquates. Le chemin vers une société de la connaissance inclusive passe par :
- Renforcer l’éducation numérique : Intégrer les compétences en IA dès les niveaux scolaires.
- Investir dans l’infrastructure numérique : Réduire la fracture numérique pour inclure les zones rurales et les populations marginalisées.
- Valoriser les savoirs locaux : Encourager des initiatives de numérisation des connaissances traditionnelles pour une meilleure inclusion culturelle.
- Collaborer internationalement : Tirer parti des partenariats pour adopter des solutions techniques adaptées aux réalités locales.
À l’échelle mondiale, la gestion du savoir par l’IA illustre une dynamique de réinvention plutôt que de remplacement. Des régions comme l’Europe et l’Asie investissent massivement dans la gouvernance des données et la souveraineté numérique. L’Afrique pourrait adopter une approche similaire, mais adaptée à ses réalités : une IA respectueuse de la diversité culturelle et centrée sur l’humain.
En conclusion, l’ignorance n’est pas une fatalité, mais une conséquence de choix structurels. L’IA, bien utilisée, peut devenir une alliée précieuse pour transformer l’accès à la connaissance, tout en exigeant des efforts coordonnés pour en faire un outil inclusif. Dans ce contexte, il est essentiel que les décideurs africains prennent en main cet outil stratégique, en vue de bâtir un futur où savoir et technologie cohabitent harmonieusement.